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 Contemporanéophile

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Metavy



Nombre de messages : 12
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Date d'inscription : 03/02/2007

Feuille de personnage
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MessageSujet: Contemporanéophile   Mar 6 Fév - 8:43

Petit article d'un ami à moi, Cornemuse.



Ah, l’art contemporain… Il n’y a pas mieux pour nourrir les débats entre gens qui ne savent pas quoi faire de leur journée. On a tous connu au moins une fois le fameux débat sur l’art contemporain. On a tous déjà incarné un de ses héros : le type conservateur borné qui dit que son petit frère peut faire pareil, ou le type complètement allumé qui redéfinit à peu près la totalité des mots constituant notre langue pour arriver (ou pas) à démontrer que c’est quand même super cool.

Et bien non, nous n’allons pas en parler. Ici, nous allons nous intéresser à ce qu’il y a de plus intéressant dans l’art contemporain : les gens qui aiment ça. Pas les gens qui aiment ça comme vous et moi, vous savez, genre « ah ouais tiens ça c’est pas mal » ou « tiens c’est fou ce qu’il fait cet auteur ». Non, les gens qui Aiment Ça. Les gens qui aiment ça. Si vous comprenez la différence, alors vous savez déjà de qui je veux parler.
Le contemporanéophile. Celui qui ne jure que par ça, qui ne vit que pour ça, qui est sans arrêt en recherche de la nouveauté la plus nouvelle, de l’avant-garde la plus incompréhensible pour le commun des mortels. Le Geek artistique. Celui qui crée son image à partir de ses goûts, et qui crée ses goûts à partir de son image. Oui, vous voyez à présent ! Vous en avez tous déjà rencontré un.

Et bien voici devant vous le fruit d’une étude chevronnée du contemporanéophile, tel qu’il est dans la nature même. J’ai personnellement analysé cette espèce terrifiante dans son propre milieu, et même en troupeau. Découvrez enfin tous comment vit et fonctionne cet être surprenant dont le mépris des autres est une source vitale.


Tranches de vie quotidienne


Commençons par le commencement, l’origine de la chose, l’élément déclencheur, le facteur le plus important : l’homme qui aime l’art contemporain (je veux dire, l’homme qui aime, pas l’homme qui ne fait qu’aimer – mais nous verrons cela plus en détail), cet homme-là veut que les autres l’admirent. C’est là sa principale raison d’exister, et il est capable d’à peu près tout pour ça, comme par exemple se taper des spectacles de 3h où des personnes sautent sur place dans le but de concrétiser une division temporelle définie au préalable par des règles de physique quantique hindoue qui, dieu seul sait pourquoi, ont d’un coup fait naître une passion complètement démentielle chez l’artiste.

La vie du contemporanéophile est basée autour de deux grandes phases : le moment du spectacle, et l’after du spectacle. Pendant le spectacle, il ne fait pas trop attention à ce qui se passe vraiment (ce qui est compréhensible). Il s’occupe, avec une concentration qui peut parfois être douloureuse, de noter une petite dizaines de détails qu’il utilisera ensuite pour ce qu’il y a de plus important : les débats qui auront lieu après le spectacle. Il prend un petit temps aussi pour déterminer s’il aimera ou pas le spectacle. (à noter qu’on peut remplacer parfois le spectacle par une exposition, mais le fonctionnement est le même) Savoir s’il aime ou pas le spectacle est une chose qui pourrait paraître simple, mais qui en réalité demande une grande concentration, ainsi que des talents innés en calcul mental. Le tout est de retenir le nombre de fois qu’il a aimé et le nombre de fois qu’il a pas aimé durant le mois dernier, pour savoir où en est son image publique générale. S’il a aimé trop de fois, il faut qu’il fasse attention : on pourrait croire qu’il est naïf, qu’il perd de son esprit critique, ou qu’il est trop dupe pour percevoir les défauts éventuels. Mais s’il n’a pas aimé trop de fois, alors c’est encore pire, il risque de perdre totalement son statut au milieu de ses congénères, de ne plus mériter aucune estime, car cela voudrait dire qu’il manque d’ouverture d’esprit. L’ouverture d’esprit est la clé, la source d’énergie. C’est le mot d’ordre, le code de conduite, c’est la règle d’or à connaître pour toute personne voulant devenir un jour contemporanéophile. Bien entendu, l’ouverture d’esprit du contemporanéphile n’a pas le même sens que pour nous humains, mais nous verrons cela plus en détails plus tard.

Bref, une fois qu’il a décidé s’il aimait ou pas le spectacle en fonction de son taux actuel d’aimages et de non-aimages, il peut commencer à chercher dans le spectacle tout ce pourra à la fois montrer qu’il a raison et montrer que c’est un vrai, un pur de dur. Pour cela, il faut qu’il fasse des LIENS. Le lien constitue l’honneur du contemporanéophile, et souvent on peut voir des contemporanéophiles mâles se livrer à des luttes de liens sans merci. Il faut donc qu’il fasse des liens avec les livres ou les œuvres d’art qu’il a connu récemment, pour montrer qu’il est cultivé. Le principe du lien n’est pas de montrer ce qui peut être commun entre deux œuvres, mais plutôt de démontrer que ce qui n’a rien à voir est en fait dans la même thématique. Il faut créer les liens les plus insoupçonnables qui puissent exister, pour montrer ses aptitudes contemporaines, et ainsi mettre à l’épreuve l’ouverture d’esprit de son adversaire.

Car oui, l’after du spectacle est le moment crucial, c’est l’arène où s’affrontent les contemporanéophiles qui se sont entraînés dans la salle du spectacle. Celui qui gagne un combat de lien ou d’ouverture d’esprit obtient un +1 dans l’esprit des spectateurs, ce qui a beaucoup d’importance pour ces êtres qui sont très habitués au calcul mental, comme nous l’avons vu précédemment. Toute la journée du contemporanéophile est basée autour de l’after du spectacle, de l’exposition, ou même parfois du repas entre amis. Il passe sa journée à se cultiver, à lire, à relire, à mettre des notes dans les bouquins (vous savez, le genre de personne qui écrivent dans la marge : « c’est indéniable », « quelle perspicacité ! », « passage intéressant », comme s’il écrivait directement à l’auteur pour lui donner son avis), afin de se donner des armes pour le combat de lien.

Vous comprendrez que conséquemment, il n’y a pas grand chose à dire d’autre sur la vie de cet être plein de mystère. Du reste, il mange aussi mal qu’il s’habille (ça fait partie du underground artist style), il méprise le reste de l’humanité, il tend à vouloir faire disparaître en lui toute émotion qui pourrait lui faire penser à un film hollywoodien (fierté) et est politiquement d’extrême gauche.
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MessageSujet: Re: Contemporanéophile   Mar 6 Fév - 8:44

Simulation de conversation entre deux contemporanéophiles


A présent, pour une étude détaillée, il est nécessaire d’apporter des faits à notre très cher lecteur, c’est pourquoi j’ai pensé qu’une analyse détaillée d’une conversation after spectacle de deux acharnés de l’art contemporain. J’ai opté pour une discussion sur la fameuse pissotière de Marcel Duchamp, qui aura fait la joie de milliers de contemporanéophiles, maintenant et jusque dans les siècles des siècles.

Nous allons prendre le cas le plus simple de la conversation contemporaine : un type connaît l’œuvre et la fait découvrir à l’autre. Classique. Bon, ok, ce serait plus un contemporanéophite que phile s’il ne connaissait pas la célèbre Fontaine, mais soit, passons. On va faire comme si.

Dans ce cas de figure, très souvent représenté, deux rôles se distinguent clairement : celui qui connaît, et qui va devoir montrer combien il est capable d’être passionné, et celui qui ne sait pas, qui va mettre son ouverture d’esprit à l’épreuve. S’il bronche une seule fois, il perd son honneur et gagne le mépris de l’autre. Voyons comment les choses se passe. (A noter que pour plus de réalisme, nous avons prit la conversation sur le vif, et nous avons introduit l’œuvre sous forme de lien)

Artisticgeek1 : Cette inspiration très aquatique - comme tu l’as clairement énoncée - me rappelle d’ailleurs avec une nette précision la fameuse Fontaine de Marcel Duchamp.

Artisticgeek2 : Fontaine ?

Artisticgeek1 : Voyons, tu ne connais donc pas cette œuvre ?

Artisticgeek2 : Je dois avouer que non.

Artisticgeek1 : C’est pourtant un tel joyau ! Je me dois de te faire découvrir cette merveille ! »


Il part chercher son livre d’art préféré pour montrer une photo de la chose. De préférence, il choisit un livre dans lequel il a mis beaucoup de notes dans la marge pour montrer à son confrère qu’il a mit beaucoup de notes dans la marge.

Artisticgeek1 : Vois-tu ? C’est d’une audace et d’une poésie !… (ton passionné, regard amoureux)

Là, a priori, la première réaction de la personne qui découvre l’œuvre est de rire un bon coup. Même un contemporanéophile chevronné ne peut se retenir de le faire. Et c’est ce que notre artisticgeek numéro 2 fait. Seulement, il ne va pas s’arrêter là et va au contraire rattraper le coup. Car c’est à ce moment là que son ouverture d’esprit est mise à l’épreuve. Admirez plutôt :

Artisticgeek1 : Qu’est-ce qui te fait rire ?

Artisticgeek2 : Oh, rien, c’est que j’imagine d’ici la tête des intello-catholico-conservateurs quand ils ont vu cette œuvre !

Artisticgeek1 : Oh, c’est certain, ç’a dû être cocasse !


L’honneur est sauf. A présent, c’est l’heure de montrer la puissance de son ouverture d’esprit.
Comme nous l’avons évoqué plus haut, l’ouverture d’esprit chez le contemporanéophile n’a pas le même sens que chez l’être humain normalement constitué. En effet, il ne s’agit pas d’une tentative de comprendre ce qui nous est étranger, de faire sienne la culture de l’autre, d’oublier ses préjugés pour étendre sa perception des choses, non. C’est une attitude, un style.
En général, le principe est d’avoir l’air sérieux. Quand je dit sérieux, c’est vraiment très, très, très sérieux. Adopter un air gravissime. Il faut que l’ensemble paraisse adulte, ou même la caricature de l’essence de l’adulte, l’exagération de ce qui dans l’imaginaire collectif est associé à l’adulte. Air grave, donc, yeux perçants, avides et curieux, intéressés. Intéressés, en italique, et il faut sentir le mot en italique dans le regard. Il faut qu’absolument tout dans le comportement de l’individu, on puisse sentir, toucher, respirer profondément l’intérêt sincère et ouvert que celui-ci porte pour la pissotière.
Alors, à ce moment crucial, il faut dire la phrase qui tue tout, qui montre que l’ouverture d’esprit est à son paroxysme, à son point le plus adultesque :

Artisticgeek2 : C’est intéressant.

Bam !

Artisticgeek1 : N’est-ce pas. Marcel Duchamp, par cette œuvre, a libéré les artistes de cette nécessité oppressante de créer, toujours créer…

Artisticgeek2 : Oui, c’est vrai… Je vois ce que tu veux dire.

Artisticgeek1 : Alors que le rôle de l’Artiste est plutôt de voir ! De sentir ! Et enfin, de montrer ! Ses yeux sont plus importants que ses mains, car ils ouvrent les nôtres. En nous montrant cette pissotière, objet que nous considérons d’habitude comme commun, voir vulgaire (du latin vulgus : le commun des hommes), il nous oblige à voir, à faire cet effort qui consiste à transformer l’insignifiant en Œuvre d’Art, en pur objet de fascination, et ainsi à user de ce don qui est le propre de l’Homme : la Créativité – ou plutôt, l’Imagination.

Artisticgeek2 : Oui, je vois. En effet, c’est très, très intéressant.


Comme vous pouvez le voir, notre cher numéro 2 est un véritable monstre de l’ouverture d’esprit. Sans broncher devant le ramassis de conneries de son interlocuteur, il continue à acquiescer, grave, adulte, sérieux, modernissime, en disant « C’est intéressant. »
Mais arrêtons-nous un instant pour analyser un peu le discours de numéro 1. Nous pouvons y discerner deux fonctionnalités : tout d’abord, montrer combien il est un bon contemporanéiste. Pour cela, il utilise des moyens tels que donner l’étymologie du mot vulgaire, donner une analyse toute faite de l’œuvre concernée en montrant bien qu’il l’adule du mieux qu’il peut avec toutes sortes d’éloges et de jolis mots… mais aussi en montrant que l’œuvre est un questionnement. Le questionnement fait partie des modes (comme celle de l’engagement politique ou de la conceptualisation) qui parcourent le monde du contemporanéisme. Il y a quelques temps, pour montrer qu’on aimait une œuvre, il fallait dire en quoi elle était engagée contre l’américanisation qui menace les cultures ethniques ; aujourd’hui, la mode, c’est montrer que l’œuvre pose un questionnement. Et le questionnement le plus à la mode, c’est celui du Rôle de l’Artiste. Quelle place pour l’Artiste dans la société ? Quelle destinée, quelle Fonction ?

Enfin, un autre détail à noter, c’est l’italiquisation et la majusculation des mots. Vous allez me dire : « Oui mais, dans la réalité, on ne peut pas voir si les mots sont en italique ou s’ils possèdent une majuscule, puisque c’est du parlé ! ». Erreur. Un contemporanéophile entraîné sait vous faire entendre ces choses-là. Il détache le mot du reste de la phase, en insistant dessus, en y mettant un bon accent tonique. Le top du top, c’est d’y ajouter le geste de la main, celui qui donne l’impression qu’on dépose le mot devant le type à qui on parle. Hop, voir, sentir, montrer ! I-MA-GI-NA-TION. Bref, c’est très important : ça montre qu’on choisit bien sa terminologie avant de parler. D’ailleurs, rien que le mot terminologie, il fait classe.

Mais revenons à nos moutons. Numéro 2 a fait preuve de son ouverture d’esprit, et numéro 1 a démontré la fascination qu’il éprouvait pour l’œuvre. Néanmoins, c’est numéro 2 qui est en position avantageuse, car en répondant « C’est intéressant » à numéro 1, il montre qu’il est son égal. A présent, la conversation prendra une nouvelle tournure : numéro 1 va devoir prouver une fois de plus sa supériorité. Et pour cela, quoi de mieux que de faire un lien avec quelque chose qui n’a absolument rien à voir ?

Artisticgeek1 : Pour moi, Marcel Duchamp a réussi à atteindre l’idéal de l’esthétique hindoue.

Artisticgeek2 : Hein ? Comment ça ?


Victoire ! L’incrédulité de l’adversaire a été obtenue ! Et en parlant de trucs hindous, en plus ! – Il faut toujours parler de trucs hindous.
Maintenant, il faut inventer un truc…

Artisticgeek1 : Cette Fontaine est liée à une idée de purification. La Fontaine, en elle-même, est un symbole de renaissance vitale, l’eau étant la représentation la plus parfaite de la vie. De plus, la pissotière, dans sa fonction la plus primaire, est également un objet de la purification. C’est une porte vers le vide, vers le pur, le propre, le neutre. Or, dans l’esthétique hindoue, la neutralité est un idéal, une Utopie. Elle se situe au centre des émotions de l’homme (les émotions blanches : héroïque, érotique, humoristique, merveilleux ; et les émotions noires : crainte, colère, douleur, et dégoût). C’est ce centre qui constitue l’état idyllique.

Artisticgeek2 : Oh, je vois…


Adversaire désarmé… Reste plus qu’à porter le coup fatal :

Artisticgeek1 : Ce n’est pas pour rien que Marcel Duchamp fut un ami de John Cage, ce compositeur minimaliste américain passionné de culture hindoue !

BAM ! Deuxième lien qui arrive en force, et l’autre ne peut plus rien faire… Il ne peut qu’abdiquer. C’est la technique de la subordination de lien, qui achève la plupart des conversations contemporanéophiles. On peut parfois inventer totalement la source présente dans le deuxième lien. A priori, l’adversaire se sent si écrasé qu’il n’ose plus mettre en doute la culture de son rival. Et c’est ainsi que celui-ci sort vainqueur et qu’il obtient un +1 dans la tête de tous ses congénères.

Voilà, nous allons stopper ici cette conversation. Ainsi se déroulent les choses lors des after de spectacle. C’est parfois très hargneux, car si celui qui a le rôle de l’intéressé se met à critiquer l’œuvre, on peut assister à un débat magistral basé sur des accusations de manque d’ouverture d’esprit, de manque d’esprit critique, d’inculture et de nazisme. Heureusement, il y a les petits saucissons, les tomates cerises et les ballons de blanc pour rendre le tout nettement plus agréable.
A présent, nous allons mettre fin à cette étude. J’espère pour vous que cet essai fut instructif. J’ai tenté d’être le plus exact possible, mais il est évident qu’un tel phénomène reste très difficile à cerner. Vous pourrez à présent par vous-même contempler ces adorables petits êtres si différents de nous, et peut-être apporter votre petite graine à cette étude. Je souhaite que chacun tente de les comprendre, car qui sait, ce n’est sûrement pas de leur faute… Une enfance difficile peut parfois suffire à faire d’un jeune homme le plus acharné des contemporanéophiles.
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